En manque de bonheurs simples

                  Il fut un temps, pas si lointain, où le monde me paraissait beau et merveilleux, un temps où l’insouciance faisait de moi quelqu’un d’heureux. Ce temps-là, c’était l’enfance et c’était hier. Depuis, la vingtaine m’a accueillie et m’a montré que la vie n’est pas juste un monde merveilleux, tout rose mais un subtil mélange de couleurs dans toutes les nuances disponibles.

                J’ai grandi dans les années 2000. Je n’ai pas connu l’époque où les gens étaient heureux en suivant le chemin tout tracé du fameux dicton « métro-boulot-dodo ». J’ai grandi en voyant des gens, avoir des envies, des passions et tout faire pour les réaliser. Fini le temps où tout le village travaillait à l’usine, vivait par l’usine et mourrait à cause de l’usine. Les temps changent. D’un sens, j’en suis réellement satisfaite car je peux aller à l’université et choisir le métier dont j’ai envie. Le seul souci, c’est que je n’en ai aucune idée.

Le monde a tellement changé, il y a tellement de métiers et les adultes ne cessent de rabâcher « Telle filière est bouchée » ou encore « Avec ce métier, tu ne gagneras jamais ta vie ». Pas tous les jours faciles de se motiver pour apprendre un métier que l’on exercera peut-être jamais. Cependant, j’y crois car je sais que je veux une vie dont je serais fière même si ce n’est pas celle que les autres auraient voulu que j’ai.

Pour le moment, j’ai eu une vie plutôt facile. L’école, le lycée, l’université. Mes parents ont pu me permettre tout ça. Mais à la fin de ma licence, durant mon stage, je me suis dit : « Mais qu’est-ce que je fais là ? ». Non pas que mon stage était inintéressant mais que pour la première fois, je ressentais un vide au fond de moi. En fait, mes études m’ont vraiment plu. L’anglais, l’allemand, le commerce et tout le reste étaient absolument passionnant mais il manquait un soupçon de vie dedans.

Les trois ans que j’ai passés à l’université m’ont fait avancer dans ma vie professionnelle mais ma vie personnelle n’a pas changé d’un centimètre. J’ai rencontré mes meilleures amies là-bas mais je fréquentais la même vingtaine de personnes pendant trois ans. Je n’avais pas spécialement envie d’aller dans le centre-ville, dans les différents quartiers non plus. Tout simplement, parce que j’avais l’impression de perdre mon temps.

Le seul avantage d’avoir été à la fac, c’est de m’être éloignée de toute ma vie d’ « enfant ». Vivre seule, comme une adulte, m’a fait un bien fou. Se lever le matin, se faire à manger, faire le ménage, travailler : Cette vie était absolument fantastique. Et l’autonomie est montée d’un cran quand je suis partie en stage car je devais également m’occuper de faire les courses et autres responsabilités. Ce qui m’a pesé lors de mon stage, l’éloignement.

Je suis arrivée dans une ville où je ne connaissais personne et où la connaissance la plus était à plus d’une heure de route. A part les collègues de travail, je ne parlais qu’aux clients et pendant trois mois, ça a été plutôt difficile de ne pouvoir parler de choses diverses et variées que j’adore. Bien sûr les réseaux sociaux et la TV m’ont permis de rester connectée à la vie réelle mais le contact humain était vraiment limité.

Quand j’ai découvert l’annonce de service civique, dans ma ville d’origine, je me suis tout de suite réjouie car je connaissais l’association et j’avais vraiment envie de m’éloigner de la fac et de tout ce qui s’y rapportait. Après l’entretien et les formalités, j’ai commencé mon service civique en revenant vivre chez mes parents. Je ne sais toujours pas si c’était une bonne ou une mauvaise idée. Le fait est que je m’étais habituée à vivre seule et à être dépendante de moi-même (excepté financièrement) et revenir chez mes parents et devoir de nouveau suivre leurs règles (repas à heures fixes, avec toute la famille à table…) m’est apparu comme supportable pour un an.

Mais, le quotidien est très vite redevenu comme il était avant que je ne parte étudier c’est-à-dire invivable. On passe plus de temps à s’envoyer paître qu’à se parler réellement, ma sœur n’accepte pas que je sois revenue et que sa suprématie soit remise en jeu et je ne supporte pas toutes ces règles que je n’avais pas et qui ne m’empêcher pas de bien vivre.

Alors certes je suis très loin d’être malheureuse, je l’admets aisément et sans aucune réticence mais en fait, je me rends compte qu’il me manque quelque chose et quelque chose d’important, la reconnaissance de ma famille. Je sais, ça fait égoïste mais j’aimerais que de temps en temps, ils me disent qu’ils sont fiers de moi, qu’ils ont confiance en moi, qu’il faut que je fasse ce dont j’ai envie de ma vie et que je vive tout simplement comme j’ai envie. Mais dans ma famille, ce n’est pas l’idée, c’est plutôt : Fais des études, trouve un travail qui te permette de mieux vivre que nous…

Personnellement, je n’ai que 20 ans, et je n’ai pas envie de trouver un travail tout de suite. J’ai envie de profiter de la vie, de voyager, de réaliser mes rêves mais j’ai l’impression que les adultes de la génération de mes parents sont encore formatés selon ce que la société veut d’eux et non pas ce que eux veulent de leur vie. Je pense que la plus grande différence entre mes parents et moi est là. Ils ne comprennent pas que l’on veuille « refaire » le monde et ne plus dépendre ce que les autres décident pour nous. On ne croit aux belles promesses des puissants, avec les événements tragiques qui se déroulent chaque année, plus que des gestes, on veut des actes réels, importants et qui font avancer les choses.

Je ne savais pas vraiment où j’allais quand j’ai commencé ce texte mais je sais désormais le bien que ça fait d’écrire des choses que l’on garde pour soi car on a personne à qui les confier. Je me sens libérée d’un poids et j’espère que cela va réellement m’aider à repartir sur des bases saines.


Mon premier article. Je cherchais depuis longtemps un moyen d’exprimer mes sentiments et mes émotions mais je n’avais jamais trouvé la solution. Pas de personnes à qui me confier sur certains sujets, même le journal intime n’a pas réussi à me soulager. J’espère que cette façon de m’exprimer va m’aider à me libérer de choses que je garde enfouies depuis très longtemps.

N’hésitez pas à partager votre ressenti sur cet article. Que ce soit sur le fond, sur la forme, sur votre expérience par rapport au sujet !

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Comments: 3

  1. Solène says:

    Avec une plume pareille, tu aurais dû faire L (j’aurais été ravie de te compter dans nos rangs hihi) 🙂

      • Solène says:

        Mettons-nous d’accord tout de suite, la philo ce n’est pour ~personne~ !

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