Critique de livre #1

Synopsis :

Pater familias comblé, par sa charmante épouse japonaise, Reiko, ses deux fistons en bas âge, Bobby et Timothy, son puma de cent kilos, Pussycat, et bientôt ses magnifiques loups, le comique Jack Douglas s’en va vivre avec sa « petite famille », en ce début des années 1970, dans un chalet isolé au fin fond de la forêt canadienne. Sa mission : réapprendre l’autonomie à ses loups, nés en captivité, afin de leur rendre la liberté.

Tel un Woody Allen propulsé sans filet dans l’univers de Croc-Blanc, Jack voit alors débarquer, attirés par l’appel de la forêt, la bande de poivrots au grand cœur de l’association écologique qu’il a lui-même fondée : un couple d’antiquaires gays, un ivrogne fou du volant, ou encore un docteur zoologue et coureur de jupons… L’expérience collective dégénère vite en aventure rocambolesque et survivaliste – une aventure où il sera question de sexe (et de zoophilie), de cuisine (et de cannibalisme), et bien sûr de l’élevage des loups !

CRITIQUE:

Le livre nous emmène dans un mélodrame comique quoique un peu complexe de prime abord. L’histoire est clairement originale et même, par moments, sans queue ni tête. Le lecteur est plongé dans les pensées du narrateur qui s’embrouillent à de nombreuses reprises.

Le roman comporte de nombreux personnages (membres de l’association, famille, amis, connaissances) mais malgré cela, leur évolution est plutôt inexistante. On est plongé dans le cerveau du narrateur et seul lui semble évoluer au cours du récit. Une importance toute relative est donnée à sa famille même si les personnages ne sont pas plus mis en avant que les autres. J’ai été relativement déçue de la vision du personnage de Reiko, la femme du narrateur, qui passe l’ensemble du récit à passer l’aspirateur, faire cuire du riz ou du thé. Les enfants sont assez jeunes et du coup, ne prenne pas une grande place déterminante dans l’histoire. L’accent est clairement mis sur la relation du héros avec ses loups.

Le début est un peu fastidieux. On entre directement dans l’histoire par une réunion de l’association et tous les personnages se confondent dans la tête du lecteur. De plus, la conversation part dans tous les sens ce qui m’a énormément gênée sur les premières pages. Mais au fil du récit, les relations se précisent. On apprend à connaitre les uns et les autres et le livre gagne en intérêt. Le ton clairement léger, comique et cru, dès les premiers mots du livre (« En parlant de putes ») permet une lecture assez fluide et le livre se lit assez vite. Néanmoins, je mets un petit bémol pour la fin. En effet, je trouve que l’histoire s’achève trop brusquement. J’attendais un épilogue.

La biographie de l’auteur proposée dans le livre classe le roman dans la catégorie « comico-autobiographique » et je trouve que c’est exactement ce qu’est le récit. Malgré tout, ce n’est pas un livre pour apprendre de nouvelles choses. C’est une histoire qui détend et permet de s’imaginer un monde à part en pleine forêt glacée du Canada. Cependant, il peut nous faire réfléchir sur un point : notre relation aux animaux et, en particulier aux animaux sauvages tels que les loups. Le livre montre bien que le loup est un animal sauvage qui ne souhaite que vivre en liberté. Dans le récit, le héros tente de réapprendre à ses loups l’autonomie. Je pense, au contraire, que c’est lui qui réapprend à vivre sans eux. Le roman est également une belle critique des associations qui peuvent être sur tout et n’importe quoi sans que les membres ne connaissent vraiment son propos.

Extrait choisi :

«  Il y a quelques années, quand je vivais en Californie, j’avais acheté un charmant ranch de cent trente hectares, pour une somme considérée comme rondelette à l’époque. Aujourd’hui, pour le même prix, vous ne pourriez même plus vous payer une parcelle de quinze mètres carrés, même si le vendeur sur lequel vous avez la chance de tomber est un comédien qui n’a jamais réussi à percer dans la télé, les films pornos ou les publicités pour le lait de magnésium.

Ce ranch était situé dans les collines au-dessus de Topanga Canyon. Il était non seulement magnifique, mais atypique – truffé de petites grottes décorées de pictogrammes indiens -, et il était livré avec un bison vivant ! Je crois que je l’avais acheté pour cette seule raison. Non, soyons honnête, je sais que je l’avais acheté pour cette seule raison. Ce bison était le seul survivant d’une horde de vingt, qu’un précédent propriétaire avait élevée pour donner à ce beau ranch un parfum d’Ouest ancien. J’ignore ce qui est arrivé aux dix-neuf autres bisons, mais je sais très bien ce qui est arrivé au mien : un gamin l’a tué avec un fusil de calibre 22. […]Plus tard, quand ils ont chopé le même gamin en train de violer sa prof après avoir mis le feu à ses cheveux (parce qu’il avait peur du noir), il n’avait toujours pas seize ans ; alors le juge l’a réprimandé et on l’a privé de l’émission « Amos et Andy » pendant deux semaines entières ! […]

Si je mentionne ce massacre gratuit de bison, c’est pour soulever un problème qui concerne quiconque possède un animal sauvage. Voire tout propriétaire d’animal, d’ailleurs. Combien de chevaux, de vaches et autres animaux d’élevage sont-ils tués (à dessein) par des chasseurs ? (et combien de chasseurs sont-ils tués par d’autres chasseurs ? Pas assez, à mon goût, mais ce n’est pas le sujet.) Un chasseur à la gibecière vide – ou congénitalement frustré (ce qui est le cas de la plupart) – est prêt à tirer sur n’importe quoi ? Y compris sur des objets inanimés, comme des panneaux, des réverbères ou une petite vieille en train de lire le Reader’s Digest dans son rocking-chair à proximité d’une fenêtre. Pendant la saison de la chasse, c’est comme si elle l’avait cherché ! »

RECOMMANDATION DU LIVRE:

Je le conseille à tous ceux qui aiment les histoires un peu loufoques de cohabitation entre personnes différentes.

Note : 3,5/5

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Comments: 3

  1. Solène says:

    Entre nous, le passage « (et combien de chasseurs sont-ils tués par d’autres chasseurs ? Pas assez, à mon goût, mais ce n’est pas le sujet.) » m’a convaincue, malgré « la vision du personnage de Reiko qui passe l’ensemble du récit à passer l’aspirateur, faire cuire du riz ou du thé ».

    Plus sérieusement, tu as réussi à me donner envie de lire un livre qui n’aurait jamais attiré mon attention si je l’avais croisé dans une librairie !

    Vivement la prochaine critique 🙂

    • merci beaucoup. Hâte de te donner envie de lire d’autres livres !

      • Solène says:

        De rien hihi 🙂

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